Annette GAREYTE Moulin Trumeau 36160 VIJON 09 77 84 36 85
Cette peinture a une vieille histoire. En 1979 j’entrepris une série de travaux au crayon sur papier chiffon. En fait il s’agissait pour moi par ce travail de résoudre un problème de subsistance. J’ai réalisé ainsi une dizaine de dessins. Cette phase fut comme un parcours surréaliste, comme une écriture automatique. Je ne décidais rien, n’avais aucune idée particulière sinon que je commençais à tracer un corps, s’y rapportaient d’autres représentations ; j’y travaillais jusqu’à épuisement de l’idée. Ces dessins une fois la série, mes idées épuisées j’ai essayé de les analyser, poussant jusqu’à l ‘extrême leur symbolique. L’un d’entre eux était constitué par un buste de femme tenant dans sa main une sorte de coque assez grande un peu analogue au buste mais creux. A bien regarder cette coque me semblait être comme une caisse de résonance, une contrebasse.
En 2019 lorsque j’ai commencé ce que j’appelle »les figurations » auxquelles répondent les personnages qui étaient sous la toile, j’ai réalisé ainsi ‘’femme à l’écriture ». Mais mon souhait était de trouver une personne qui ait une contrebasse en référence à ce dessin. La contrebasse me fascine par ses dimensions impressionnantes, cette caisse de résonance qui fait corps avec soi, ces vibrations profondes. Lors d’une exposition précédente, j’avais bien rencontré une violoniste, mais celle-ci ne s’était montrée finalement que peu intéressée par mon projet.
Par contre à l’exposition à laquelle j’ai participé lors des journées du patrimoine à Bourges en 2025, j’ai fait la connaissance, grâce au groupe Quintile, de Delphine Bordat musicologue agrégée. L’instrument dont elle joue est le violoncelle.et cela me parut comme un clin d’œil.
Après lui avoir parlé de mon projet, elle accepta d’y participer. Le rendez-vous fut pris : le groupe Quintile viendrait à mon atelier au Moulin Trumeau et devant les autres Delphine, son violoncelle et moi ferions la performance ; Tout cela était sans compter les problèmes techniques liés à la mise en place de l’installation. D’un seul tenant de tissu-environ 2m de large- draper Delphine sans préparation en position de jouer sur le violoncelle tout en protégeant ce dernier d ‘éventuelles traces de peinture, cela relevait d’un défi difficile à affronter. Après de nombreuses hypothèses infructueuses de mise en place je renonçais à travailler pour une fois sur »le Vivant’ ‘et optais pour un substitut. Je remis en situation mon vieux mannequin, confectionnais un violoncelle de fortune via les photos d’instruments sur internet que j’agrandis à échelle humaine et ainsi mis en place le groupe tant souhaité. Bien que l’enveloppement de l’ensemble s’avère difficile je parvins à positionner le personnage et le violoncelle. La répartition des coulures, sur les volumes crée, pour une fois fut sereine, j’insistais sur l’instrument offrant une belle surface inclinée propice aux écoulements de la peinture. Deux jours furent nécessaires au séchage. Une fois la toile tendue au sol, je pouvais enfin commencer la peinture :la couleur ; son registre je l’ai choisi dans les rouges sombres des terres de Sienne aux laques Rouges carminées entrecoupées de fulgurances roses ; couleurs propres à évoquer la relation sourde et profonde entre l’homme et son instrument.