Annette GAREYTE Moulin Trumeau 36160 VIJON 09 77 84 36 85
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A Nouzerines, c’était l’anniversaire de jean-Jack. Il y avait convié ses amis de longue date. Agnès, sa compagne, me demanda si j’acceptais de leur faire visiter mon atelier ; ma réponse fut positive. Au cours du dîner auquel j’étais conviée, elle leur fit la proposition, ils en furent d’accord. Spontanément, j’avais la toile, la peinture disponibles- au lieu juste de regarder les quelques peintures accrochées aux cimaises, j’émis l’idée de réaliser devant eux un travail. La seule condition fut qu’il y en ait un qui se désigne comme « modèle ». Les questions fusèrent : « Est- ce difficile ? » « Combien de temps doit-on rester immobile ? La toile n’empêche-t-elle pas de respirer ? » « Faut-il une tenue particulière ? », « Ne risque-t-on pas d’être tachés ? ». Je les rassurai, après quelques concertations Bruno accepta.
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Le lendemain, à l’atelier, sans préparation, il s’installa confortablement dans un fauteuil, je disposais alors la toile, demandant de l’aide à Agnès. Aux vues de la position adoptée, des regards de Bruno alentour, je ne recouvre la tête de tissu qu’au moment de déposer la peinture- tous faisaient des remarques et commentaires. Même l’un d’eux sortit, revint une branche de laurier à la main, et la lui posant sur le crâne, l’investit en qualité de » Bruno l’empereur ». Ce fut une séance très conviviale et joyeuse pendant laquelle j’avais même réussi à rire à leur écoute. Celle-ci terminée, les coulures asséchées, je promis à Bruno que bien sûr, il verrait en couleur le résultat de son investissement, bien que les autres eussent préféré que je laisse l’ensemble blanc.de la toile. Vint donc le travail de la couleur. Ce que j’avais perçu de la personnalité de Bruno m’induisait à utiliser des tons plutôt sobres, des bleus grisés, argentés, il n’en fut rien. Devant mes tubes de peinture, le Rouge laque de Garance carminée s’est imposé. C’est tout un réseau de fines coulures rouges que je mis en place. Mais alors quelle couleur pour le fond ? Entre les » mailles », gris ? Trop terne, j’optais pour une Terre de Sienne que je mélangeais tantôt avec du blanc de l’ocre et même du rouge. Mais comment rendre compte de la singularité de ce travail en regard de la personne concernée ? Entre les fins réseaux rouges desquels s’échappait la couleur brune interstitielle et le prolongement bistre de la toile, j’avais l’impression du : « Comme si j’avais enlevé, fait glisser une peau légère, marbrée de fins réseaux corporels sanguins, parcheminée, précieuse fine et fragile ». Dès lors le titre de »Peau d ‘Être » me parut convenir. Cependant ce terme de Peau me paraissait trop évocateur, presque grossier, aussi il a fallu du temps, mais quelques mois après les termes de »Chrysalide d’Être » se sont imposés comme ceux d’une meilleure et belle résonance picturale.
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